3 fois où j’ai eu peur en prenant des photo pt.1
- Lo Kee

- 27 févr.
- 3 min de lecture
Je suis en Allemagne au moment où j’écris ces lignes. Je reviens d’une sortie photographique qui m’a rappelé un événement vécu il y a quelques années, ainsi que le fait que je vous avez promis, dans mon précédent article, d’écrire sur les fois où j’avais réellement eu peur en photographiant.
Ces derniers jours, comme un peu partout en Europe vous l’aurez remarqué, la pluie et les inondations sont omniprésentes. Aujourd’hui, je me trouvais en forêt et j’ai été frappé par la manière dont l’eau ruisselait depuis les talus. Des ruisseaux apparaissaient partout coupant la foret en travers et dans les clairières l’eau semblait remonter du sol par capillarité. J’ai d’ailleurs à plusieurs reprises failli y laisser mes bottes !
Cette sortie m’amène naturellement à la première anecdote de cet article, vécue aux îles Féroé.
Le bruit de l'eau
Un peu de contexte : l’archipel se compose de quelques îles égarées entre l’Islande, la Norvège et l’Écosse, habitées par environ 50 000 personnes, dont une grande majorité a eu la bonne idée de se regrouper dans la capitale, laissant le reste du territoire quasiment désert. Placées pile sur la trajectoire du jet-stream, sans la moindre protection à l’ouest, les îles encaissent les dépressions les unes après les autres. Résultat : de l’eau autour, de l’eau au-dessus, des cascades tous les dix mètres ; bref de l’eau tout le temps partout.
Pour une randonnée, j’avais repéré sur la carte un tracé censé former un passage entre les montagnes. Un bus devait me déposer dans un petit village, je suivrais une route jusqu’à ce qui ressemblait à un plateau, avant de redescendre de l’autre côté par un sentier de randonnée. Un second bus devait ensuite me ramener à mon point de départ.Oui mais voilà, une fois en haut, plus de route, juste un grand lac en travers. Impossible de traverser. Sur mon téléphone, un chemin apparaissait clairement sur la carte, mais sur le terrain il n’existait pas. Traverser le lac ou le contourner pour rejoindre le village de l’autre coté était hors de question. Il a alors fallu décider : rebrousser chemin ou improviser.
La seule option restante clairement valide pour moi était donc de longer le lac et de revenir à la ville de départ par un chemin différent. Au loin, j’apercevais des silhouettes se dirigeant vers la la civilisation, ce qui me mettait en confiance.

Me voilà donc entrain d’évoluer sur les berges du lac, de la boue jusqu’au haut des chevilles, à slalomer près d’une heure durant entre les rochers rendus glissants par l’humidité jusqu’à ce que j’atteigne ENFIN une zone plus sèche constituée de tourbe.
Rassuré, j’accélérais le pas. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à entendre, par intermittence, un bruit d’eau coulant avec force. Pourtant, autour de moi, aucun ruisseau n’était visible et le son n’était pas celui du lac. Malgré le trouble, je continuais à avancer.
Un peu plus loin, le terrain s’encaissait légèrement. En me retournant, j’aperçu une cavité entre de gros rochers et la tourbe. De là provenait ce bruit d’eau que j’entendais par intermittence. Par curiosité, je me suis approché prudemment et j’ai alors compris que le sol sur lequel je marchais quelques secondes plus tôt était creux. Je progressais en réalité sur un tapis de végétation, maintenu uniquement par les racines, sans aucun support en dessous : le plafond d’une cavité où coulait une rivière souterraine !!
Une rivière dont on ne savait pas du tout où elle allait !
En réalisant cela, je me suis mis à m’imaginer tomber à travers le sol, être emporté sous terre, puis ressortir quelque part au loin projeté dans la mer du Nord par une de ces cascades. Et cela dans l’anonymat le plus total.
Liberté ou sécurité
Si je devais résumer mon expérience aux îles Féroé, ce serait vraiment de cette façon : un sentiment de liberté incroyable, car il n’existe aucune barrière nulle part. Il est ainsi possible de se rendre absolument partout où porte le regard, mais avec le risque, comme je viens de le raconter, de tomber d’une falaise ou de disparaître dans un trou sans que personne ne le remarque.



Commentaires