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Les feuilles mortes

Photo du rédacteur: Lo Kee
Lo Kee
il y a 3 heures
3 min de lecture

L'autre jour en plein repas, m'est venue l'idée de ramasser des feuilles mortes pour les photographier. Un geste simple venu de nulle part. Une idée, presque saugrenue, de ramasser des feuilles mortes pour en faire un projet photographique.


On pourrait se demander pourquoi personne n’y a pensé avant, tant le geste paraît évident. Je sais que d'autres se demanderont peut-être à quoi bon car après tout, il ne s’agit que de feuilles mortes. Mais à ceux-là : "attendez de voir le résultat plus bas".


Bref, un petit rappel s'il le fallait encore que la création surgit sans prévenir. C'est une pulsion, une intuition qui chez moi prend souvent la forme d'un "pourquoi pas" et que je décide de suivre sans toujours savoir exactement où cela me mènera.


Donc aussitôt imaginé, me voilà au cimetière du Père-Lachaise afin de prélever quelques exemplaires de feuilles. Et comme vous pourrez le remarquer sur la photo ci-dessous, l'endroit est plutôt propice à leur collecte.


Un passage vers la mer entre deux montagnes aux iles féroé
Le Père-Lachaise lors de la collecte avec son joli tapis de feuilles

Bref, la photo de studio, c'est un exercice assez éloigné de mes habitudes photographiques. On quitte le paysage ou la photographie de rue pour entrer dans un espace beaucoup plus contrôlé où je sais que l'on ne m'attend pas nécessairement.


Vanités : Memento Mori


Je photographie souvent des fleurs mortes et il y a peut-être quelque chose d'un peu romantique, voire de gothique. Une fascination pour ce qui a perdu sa fonction première, pour les formes qui subsistent après que la vie les a quittées. Les photographier, c'est peut-être chercher une beauté qui ne se trouve plus dans l'épanouissement, mais dans les traces de sa disparition.


C'est de toute façon une constante chez moi et si vous suivez mon travail, vous avez souvent dû déceler une dimension mélancolique dans mon travail.


Vieil homme qui regarde assis face à la mer

Les feuilles mortes sont des sujets étonnamment sculpturaux. Leurs reliefs et leurs plis offrent une multitude de possibilités. En fonction de l'angle de la lumière, certaines courbes apparaissent tandis que d'autres disparaissent. Je me suis retrouvé à jouer de quelques degrés d'inclinaison pour mettre en avant telle face et telle courbe. Comme on sculpterait un corps avec des boites à lumière lors d'un shooting de portrait.


Mise en perspective


En pleine action, je me suis retrouvé à penser aux poivrons d'Edward Weston ou aux études botaniques de Karl Blossfeldt. Non pas que je cherchais à reproduire leur travail, mais parce que leurs photographies ont en commun cette capacité à transformer un objet familier ou une forme végétale que l'on croit connaître, en quelque-chose qui pourrait presque être une architecture ou un paysage.


Une feuille de marronnier sous mon objectif
Une feuille de marronnier sous mon objectif

Malgré cela, de toutes les formes et variétés de feuilles que j'ai pu collecter, celles qui m'ont le plus séduit ne sont pas les feuilles recroquevillées ; ce sont celles qui présentent des jours. Celles qui ont des trous.


Elles racontent quelque chose de l'usure, mais aussi du destin de ces feuilles. Elles ont passé les beaux jours sur l'arbre, elles ont rempli leur fonction, avant d'être sacrifiées à l'arrivée du froid. Tombées au sol, elles entament une dernière existence.


Les photographier aujourd'hui, c'est intervenir dans cet intervalle entre leur chute et leur disparition définitive. C'est leur offrir une forme de permanence comme dans le temps on dressait une dernière fois le portrait d'un défunt.


Une démarche typologique


Enfin, la manière de photographier les feuilles participe aussi de cette idée du dernier portrait. Toutes les feuilles sont isolées sur un fond blanc, éclairées selon le même dispositif et, le plus souvent, placées au centre de l'image. Je rejoue, une approche presque scientifique, qui emprunte à la photographie de spécimen.


Mais derrière cette rigueur du protocole, il y a aussi quelque chose de plus intime. Comme si chacune était présentée une dernière fois, avant de disparaître. Non pas pour documenter simplement une espèce ou une forme végétale, mais pour lui accorder l'attention d'un portrait.



 
 
 

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